Le petit bilan de 2014…

Je n’écris pas trop sur ce blog, et d’une manière générale, je n’écris plus trop. Parler de soi est un exercice intéressant mais difficile, et surtout de moins en moins naturel. Séparer mes blogs selon les sujets correspond assez bien à ma façon de séparer certains aspects de ma vie, même si au final, j’ai le sentiment que tout se recoupe. Les lecteurs sont les mêmes. La seule différence, c’est qu’il est difficile d’arriver sur ce blog par accident (il est caché des moteurs de recherches), à l’inverse de mon blog pro. J’admire ceux qui arrivent à parler aussi bien de leurs états d’âmes que de leurs coups de cœurs sur leur blog lié à leur activité professionnelle. Mon envie de partage me complexe parfois au point de penser à l’excès de narcissisme et à finalement lâcher l’éponge en me disant « de toute façon, ça n’intéressera personne ». Aujourd’hui, je crois que je fais surtout ce billet pour moi. Car j’aime ces billets bilans qui permettent de revenir sur certains points et ouvrent vers de nouvelles perspectives. J’aime les relire, une fois par an, pour voir l’évolution, qu’elle soit positive, négative, ou nulle.

Le travail

En 2014, j’ai (encore) beaucoup travaillé en freelance, alors que je m’étais promis d’apprendre à dire non. Déjà en 2013, j’avais le sentiment d’en avoir trop fait. Alors qu’en 2014, j’en ai fait le double.

J’ai du mal à savoir pourquoi je fais ça, pourquoi je dis oui, pourquoi je me rajoute une charge de travail. Les chouettes projets qui arrivent, une épargne qui se fait un peu plus facilement, les relations humaines que ça crée… un doux mélange de tout ça, je suppose.

Dans l’histoire, je crois que je me perds un peu. J’ai arrêté le sport, j’ai pris du poids. J’étais tellement épuisée parfois que j’annulais des soirées pour être opérationnelle au travail le lendemain et ne jamais délaisser mon emploi salarié. Je crois que mon couple y a laissé des plumes, dans la promesse que « ça s’arrêterait bien un jour ». J’ai repoussé d’autres projets qui étaient importants pour moi : faire ma borne d’arcade, et d’autres choses moins futiles mais autrement plus intimes.

La vie

Il y a eu plein de naissances ou d’annonces de naissances à venir. Je ne sais pas pourquoi, mais avoir tous ces enfants autour de moi, voir mes amis, ma cousine, mon frère devenir parents me rend fière d’eux et me remplit de joie. J’aime les voir parents, je les redécouvre. Je les envie, je les admire. En 2014, j’ai été marraine d’une petite Cassandre. En 2015, je serai marraine d’un petit Augustin. Ces deux petits viennent renforcer ma « team de filleuls » qui était déjà au nombre de trois. Il faudra un jour que j’arrive à mettre des mots sur ce que je ressens de toutes ces preuves que me font les parents qui me proposent d’être marraine de leur petit. C’est si fort. Si fort.

L'<3 (et le travail, encore…)

Travailler beaucoup, ça permet de mettre de côté pour des projets autrement plus chouettes. Comme un mariage, par exemple. La promesse d’un beau voyage de noces. Et un projet de création d’entreprise pour celle qui sera alors ma femme. Un tournant qui, comme le mariage, m’excite autant qu’il me fait peur, dont je sais qu’il fait partie des événements qui marqueront ma vie. 2015 sera une année de folie(s). Et pour ça, je crois, qu’il faut vraiment et sérieusement que je lève le pied. J’ai envie de m’en faire la promesse. J’ai envie de lui faire la promesse. Et cette année, j’ai vraiment envie de la tenir.

La zone de confort

Non, je ne parle pas de cet embonpoint confortable qui ne me quitte pas, mais plutôt de cet aspect de la vie où il se passe des trucs, où l’on prend des risques. La création d’une boîte en est un, quelque part, même si c’est surtout ma compagne qui l’assumera. Non, je parle de la vraie prise de risque, celle qui te fait te liquéfier rien que d’y penser. Genre faire du théâtre. Donner un cours. Faire une conf’. (Oui, j’ai un vrai problème avec le fait de parler en public). Je ne sais pas encore ce que je ferai de tout ça. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il faut que ça arrive.

zone-confort

Garder de la place pour la futilité

À force de toujours bosser, on a l’impression que quand on ne bosse pas, on perd son temps à faire des choses futiles. Alors que finalement, c’est ce qui nous construit. Il paraît qu’il faut travailler pour vivre, et non l’inverse.

En 2014, on a créé notre blog sur les jeux de société. On a eu envie de parler de notre passion, de s’en rapprocher, d’échanger, d’en découvrir encore plus.

En 2014, j’ai passé mon permis moto. Du premier coup ! C’était une vraie belle surprise. J’ai galéré au permis voiture, et j’appréhendais de revivre l’horreur que ça a pu être. Un vrai truc positif. C’est mon achievement de l’année.

En 2014, je me suis plus sérieusement mise à la photographie. Et ça fait un bien fou, après des années de pratique en dilettante, de faire enfin les photos que l’on a en tête, malgré ses lacunes. J’ai vécu la même chose avec le graphisme. Il en faut, du temps, pour réussir à réaliser ce que l’on imagine.

Bref, en 2014, je n’ai pas été que graphiste, je suis devenue motarde, fiancée, je suis redevenue marraine. J’ai continué à être passionnée, admirative, amoureuse, portée par l’entourage merveilleux qui m’accompagne, aussi bien dans ma vie professionnelle que dans mon cercle personnel. Merci à vous tous d’en faire partie.

En 2015, j’espère être avant tout la femme, l’amie, la sœur, la fille qu’ils méritent. Mais c’est qu’ils mettent la barre haute, tous, aussi… ;)

Et toi, tu gères comment ton argent ?

J’ai posé la question sur Twitter aujourd’hui, en étayant un peu avec ma situation, qui est la suivante :

  • Je suis en couple, nous avons un compte personnel chacune, compte qui recueille notre salaire mensuel et nos dépenses personnelles (celles que l’on gère avec notre CB)
  • Il y a une bonne différence de salaire entre nous deux, ce qui fait que l’on n’est pas à « égalité », et qu’il faut que l’une compense ce que l’autre ne peut assurer
  • J’ai des rentrées ponctuelles qui sont inégales du fait de mon statut indépendant en parallèle de mon travail salarié
  • Nous sommes propriétaires de notre logement (ce qui veut dire crédit immo et une bonne partie de notre « gros pécule » parti dans ce logement, le reste étant bloqué)
  • Nous avons également un compte commun sur lequel s’effectue la grande majorité des prélèvements mensuels, que l’on nourrit chacune à réception de notre salaire, proportionnellement à ce que l’on peut apporter par rapport à nos ressources, ce qui nous permet de savoir exactement ce qui nous reste pour vivre / manger / sortir.
  • Pratiquement tout est mensualisé (impôts, edf, eau…)
  • La majorité de notre épargne est bloquée, le reste étant assez peu fourni (on est en flux tendu depuis l’achat immo)

La meilleure solution que nous avons trouvé jusque-là : les fichiers Excel et Bankin app

Étant donné la situation en flux tendu et les rentrées d’argent ponctuelles, j’ai besoin d’avoir une très bonne visibilité sur les dépenses à engager. On a donc découpé le problème en 3 fichiers Excel (qui sont en fait des spreadsheets dans Gdrive, qui me permettent de les avoir toujours accessibles n’importe où) :

Un fichier Excel appelé « Charges mensuelles »

Il détaille nos prélèvements courants sur chacun de nos comptes et nos dépenses mensuelles obligatoires (essence par exemple), ce qui nous donne une bonne vision de ce que chacune a sur son compte une fois toutes les dépenses obligatoires déduites, et de ce qui est réellement prélevé sur le compte commun. Il ressemble, en gros, à ceci :

  • Charges Christelle
  • Charges Sandrine
  • Charges compte commun
  • Salaires (addition de nos deux revenus)
  • Répartition de ce que chacune met sur le compte commun
  • Somme restante à chacune après déduction de toutes les charges

Un fichier Excel appelé « Charges et dépenses annuelles »

Très complet, il détaille de façon exhaustive chacun des postes et leurs montants, par mois. On y retrouve tout ce qui est dans les charges mensuelles mais également les dépenses « prévisionnelles » auxquelles on n’échappe pas chaque année, au niveau santé (dentiste, lunettes, vétérinaire…), entretien de la maison (achat du bois de la cheminée, taille des haies, ramonage…), quotidien (restaurants, budgets cadeaux, coiffeur, péages…). C’est assez hypothétique mais finalement plutôt proche de la réalité, et ça nous permet de voir, en regard de nos revenus, ce que l’on a vraiment dépensé à la fin de l’année, quels mois sont les plus difficiles, et si l’on peut se dégager un budget vacances, par exemple.

Un fichier Excel avec une vision sous 3 mois, au besoin « Grosses dépenses à venir – 1er trimestre 2014″

Ce document est lui très concret, par rapport à celui des dépenses annuelles. Par exemple, je sais que les 3 prochains mois vont être un peu tendus, car nous avons plusieurs grosses dépenses à venir. Je fais donc un bête tableau avec les dépenses (objet, montant, échéance) et les rentrées d’argent à venir très concrètement pendant cette période. Et je fais la balance des deux pour voir si je peux les payer. Je mets régulièrement ce document à jour (dès qu’une dépense a été effectuée, ou une rentrée arrivée), ce qui me permet de savoir exactement ce qu’il me reste à payer et sous quelle échéance.

Au quotidien, l’app Bankin

Utilisée pour l’instant seulement par moi (j’essaie de faire en sorte que ma copine y adhère, encore sans succès, chérie si tu me lis…^^), elle pallie très concrètement à ma peur irascible d’aller voir mon compte quand je sais que j’ai beaucoup dépensé (c’est le compte bancaire de Schrödinger : tant qu’on ne l’a pas ouvert, on ne sait pas si on est dans le rouge ou pas ^^). Avec Bankin, je reçois l’état de mes comptes chaque jour par e-mail, j’ai une notification push sur mon téléphone. Aussi, je peux paramétrer le montant à partir duquel une opération est anormale, et je peux être notifiée. Ainsi, quand je reçois un virement supérieur à 200 €, ou à l’inverse quand je suis proche de la fin de mon découvert autorisé, je reçois un mail. Ça me permet de savoir à tout moment quand aller consulter mon compte, mettre de côté, ou renflouer, etc. Hyper pratique au quotidien. Leur façon de classifier les dépenses et faire des pie-charts par poste est aussi assez intelligente, plus que l’app de ma banque elle-même. Bref, je sais à tout moment combien je dépense pour tel poste en regard de ce que j’avais prévu dans mon doc Excel de dépenses annuelles. Indispensable.

Et toi alors, comment tu gères ton argent ?

J’en reviens donc à ma question de départ, et toi alors, comment tu fais ? Marie-Cécile est une aficionado de YouNeedABudget, qui, je crois, fait exactement ce que je fais avec mes fichiers Excel (ce qui peut rendre service à ceux qui n’aiment pas trop bricoler ^^).

Un « petit » bilan de 2013

Une fois n’est pas coutume, j’ai eu envie d’écrire sur ce qu’a été pour moi l’année 2013. Riche en ascenseurs émotionnels, en je-sais-pas-ce-que-je-veux, c’était l’année des désillusions d’un côté, des révélations de l’autre. Une année où j’ai le sentiment d’avoir un peu plus mûri que les précédentes. Une année qui m’a fait beaucoup avancer.

Cette année, il y a eu…

…de l’épanouissement

Notamment au niveau professionnel. J’en ai déjà parlé, j’ai intégré une chouette start-up, avec un chouette projet, et une chouette équipe. Quand au quotidien, des personnes qui me sont très (très) proches galèrent dans leur boulot, ont des conditions de travail difficiles et proches du harcèlement, de mauvais patrons, des collègues antipathiques… eh bien j’ai la chance de pouvoir affirmer que j’ai tout le contraire, ce qui me permet d’en prendre la mesure et de l’apprécier encore plus.
J’ai aussi pu développer mon réseau professionnel en osant enfin passer la barrière virtuelle pour rencontrer ceux avec qui je parle depuis des mois. Gros pas en avant, j’ai osé animer un atelier, m’affirmant un peu plus en tant que professionnelle et oubliant petit à petit le syndrome de l’imposteur et, à force qu’on me le dise, comprendre que j’avais des choses à dire, et surtout que je pouvais avoir une petite légitimité à parler de mon métier.

…de la fatigue et de la pression

Cette année, j’ai eu la chance d’avoir beaucoup de projets en tant qu’indépendante. Un peu trop, dirais-je, mais ils sont arrivés au bon moment, quand j’en avais le plus besoin financièrement, et personnellement (travailler sur un même et unique projet, ça n’aide pas trop à avoir des idées neuves). Évidemment, quand on travaille beaucoup et que l’on cumule deux jobs, on est plus vite fatigué et on a tendance à voir le négatif de toutes les situations. Je travaille assez vite, ce qui me rend plutôt très rentable sur mon travail indépendant, mais l’esprit n’est jamais serein, toujours occupé, toujours sous pression. Un mail auquel répondre, un appel manqué, une deadline qui se rapproche, le boulot à reprendre quand on rentre chez soi. La vie sociale étant très importante à mes yeux, j’ai mis un point d’honneur à ne jamais faire passer le travail freelance avant elle. Même les repas de midi avec les collègues n’ont pas été mis de côté. Par contre, le temps libre, lui, en a pris un coup.

…beaucoup de dépenses

(Merci le freelance) (ça rime)

…une reprise active du sport

Et ça, c’était génial ! Après quelques années de sport en pointillés à cause d’une santé en dents de scie (diverses opérations dont une du genou qui m’interdisait le sport), j’ai enfin repris de façon régulière le jorky, le squash, et surtout le tennis ! Le tennis, sport de ma jeunesse, celui que j’ai pratiqué pendant plus de 13 ans, à traîner sur les courts, enchaînant les compétitions… Ayant arrêté juste avant le bac, j’avais depuis des années envie de reprendre, et j’ai enfin pu le faire. En quelques mots : ça fait un bien fou ! Et chose qui semblait impensable pour moi : je me suis mise au running. Encore trop peu à mon goût, mais chaque pas est un pas de plus. En 2013, j’ai aussi acheté un vrai VTT, mais je n’ai pas eu l’occasion de bien le tester… En 2014, alors ?

…beaucoup de larmes

Sur un sujet dont je n’aurais jamais pensé qu’il aurait eu cet effet sur moi : les débats sur le mariage pour tous. En cette année 2013, j’ai perdu mon innocence et j’ai réalisé l’homophobie décomplexée et tous ses travers les plus abjectes : le racisme, la xénophobie de certains de mes proches. Leur incompréhension aussi, souvent, même pas des personnes concernées. Je ne leur en veux pas, j’étais très extrême à ce moment-là. Ce sujet aura au moins eu le mérite de me faire intéresser à la politique, d’en suivre de près son actualité… et de réaliser qu’on est bien dans la merde.

… beaucoup d’envies

Beaucoup trop d’envies, même. Reprendre le sport, se mettre au tricot, acheter une nouvelle voiture, se mettre sérieusement à la photo, construire une niche pour notre chien, aménager notre garage, construire une piscine, devenir maman, se mettre au motion design, à la 3D, reprendre une carte ciné illimitée, déménager, passer mon permis moto : tant d’envies parfois contradictoires que je n’ai pas pu réaliser, notamment par manque de temps. Et j’en oublie sûrement… Ma chérie m’a dit un jour « fixe-toi, pose-toi, définis tes priorités ». C’est ce que je vais faire en 2014.

…beaucoup d’amour, de repas entre amis, d’initiatives positives

En 2013 comme depuis quelques années, je me sens si bien, si bien entourée. Quelle bienveillance autour de nous ! Merci à tous ceux qui en sont (si vous lisez ces mots, il y a de grandes chances que vous en soyez. Merci.).

Et en 2014, il y aura…

Maintenant que ça va plutôt bien dans ma vie professionnelle, 2014 sera, je l’espère, l’année de ma vie personnelle. En un mot : « PRO-FI-TER », passer ce permis moto, et réaliser nos petits et grands projets de couple. Ce sera déjà bien pour commencer.

La vie à la campagne

J’ai souvent lu que « la vie à la campagne, c’est la vie pure, la vraie vie ». « Tu verras, à la campagne, tu pourras te ressourcer et vivre la vie que tu voudras ».

Eh bien moi, la vie à la campagne, ça me faisait un peu peur, au début. Née dans un coin un peu perdu où l’on croisait sempiternellement les mêmes personnes, j’ai fui, dès que j’ai pu, cet endroit qui ne me correspondait pas. J’ai fui et atterri dans une grande ville : Lyon. C’était nouveau pour moi, ces métros qui passaient toutes les 3 minutes, plutôt habituée à une unique ligne de bus passant une fois par heure, pour nous mener encore et toujours aux mêmes endroits. À Lyon, j’avais l’opportunité de bouger, découvrir, rencontrer. S’ouvrait à moi la possibilité de faire autre chose que ce que l’on me proposait là-haut. Je n’ai jamais choisi de faire allemand deuxième langue, je n’ai simplement pas eu le choix. Je n’ai jamais choisi de faire option SES, je n’ai simplement pas eu le choix. Je n’ai jamais choisi de faire de l’anglais de spécialité. Je n’ai simplement pas eu le choix. Les effectifs réduits, les classes fermées, ce sont autant de choix qui ne sont plus. Vivre dans des coins paumés, c’est se retrouver emprisonné des choix que l’on fait pour nous : tu iras faire tes études à Nancy, ma fille. Tu feras telle licence, ma fille.

Alors j’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai saisi l’opportunité qui me permettait de fuir, loin, loin, dans une ville assez grande pour présenter une vaste étendue de possibilités, assez petite pour être belle et accueillante. Et j’en suis tombée amoureuse.

Depuis toujours, ma moitié a, elle, le désir de revivre en maison, à la campagne. Une maison que l’on peut façonner à notre image, suffisamment grande pour accueillir tous nos amis, suffisamment grande pour nous deux et nos projets. Et c’est ce que nous avons fait, il y a deux ans. Nous avons acheté cette maison, un peu loin de Lyon, mais grande comme il faut. Un peu loin, oui. Mais grande.

Aujourd’hui, deux ans après l’achat, je me rends compte que je vis mal cette ré-expatriation à la campagne. Outre l’aspect financier non négligeable, j’ai l’impression de retrouver ces contraintes de la région de laquelle je viens. Tout est loin. Le boulanger, la bonne pizzeria, la première gare. Pour tout, il faut prendre la voiture. Au quotidien, ce sentiment d’emprisonnement se fait de plus en plus fort. Les trajets maison – travail me font perdre presque 2 h 30 par jour, et j’exècre le fait d’être seule dans ma voiture, parmi des milliers d’autres, à polluer, chaque jour, et (à deux) à dépenser plus de 3 000 € par an en essence. 3 000 €. Par an. En essence.

« You’re not stuck in trafic: you are trafic »

Paradoxalement, je n’échangerais pour rien au monde mon job, loin, mais qui me permet d’être en centre-ville chaque jour, et d’y prendre ma dose d’urbanisme. Tout y est accessible, à portée de main, et je crois que sans cet équilibre ville / campagne, je ne supporterais plus ma maison et cet isolement.

J’ai dit adieu au cinéma, car c’est trop compliqué. On y va de temps en temps, certes, mais pas comme avant, quand on avait notre carte illimitée. Rester en ville jusqu’à 20 heures pour se rejoindre et repartir à deux voitures une fois le film fini, c’est faisable de temps en temps, mais pas aussi souvent qu’on le souhaiterait. Et si on veut y aller le dimanche, c’est 40 minutes de route avant de trouver le premier cinéma. Autant de durée de route que de durée de film. Bel écho de ma jeunesse, dépendante de mes parents, pour la moindre sortie.

Vous aurez le droit de vous dire : « Mais qui c’est, cette fille qui ose se plaindre d’être propriétaire d’une maison à 27 ans ? ». Eh bien je l’assume : c’est pesant, d’être propriétaire d’une maison à 27 ans, quand on aime à ce point la ville et que l’on s’en est privée. Au quotidien, c’est compliqué. Largement surmontable, mais compliqué.

Oui, la vie à la campagne, c’est sûrement très bien pour certains, mais ce n’est vraisemblablement pas pour moi.

J’ai perdu mon innocence

J’en ai déjà parlé ici, les débats, les commentaires, les manifestations contre le mariage pour tous pèsent sur mon moral. Je ne peux pas m’empêcher d’avoir une pensée pour ces homosexuels qui ne s’assument pas, qui vivent mal leur orientation sexuelle, à qui on dit de façon de plus en plus décomplexée « va crever petite tapette ».

Les homosexuels ont un taux de suicide 13 fois plus élevé que les hétérosexuels. Treize fois. Treize. Et ça, c’est en temps « normal », quand le climat n’est pas hostile.

Le Refuge, association accueillant les jeunes homos fichus dehors par leur famille (qui a pourtant de si belles valeurs) a enregistré en 2012 deux fois plus d’accueils qu’en 2011, dont la moitié en décembre, mois durant lequel ont commencé les hostilités.

Tout s’est rapproché

Après ces quelques mois de débats, où ces gens qui prônent la famille défilent et font défiler leurs jeunes enfants encore incapables de penser par eux-mêmes, dans le simple but de s’imposer comme unique modèle de valeur, j’ai réalisé une chose : ces gens-là m’ont fait perdre mon innocence.

Je sais que l’homophobie existe. Je sais que des gens en tuent d’autres à cause de leur orientation sexuelle. Je sais que certaines de mes amies ont été reniées par leurs parents. Je le sais.

Ce que je ne savais pas, c’est qu’elle était si proche, si palpable, si présente. Je ne savais pas que les gens qui m’entouraient, dans le métro, dans la rue, dans mon village, pouvaient être des gens haineux au point d’être si violent. De mettre des enfants, leurs enfants, en face de CRS.

Et aujourd’hui, quand je suis dans le métro et que je souris à un vieux monsieur à qui j’ai cédé ma place, mon cœur se serre et je me dis « et si c’était un de ces connards ? ». Et puis, dans la mili-seconde qui suit, je me déteste d’avoir eu cette pensée. Alors évidemment, j’ai pour habitude de dire « il ne faut pas généraliser ». 200 000 personnes ne peuvent pas être les représentants d’une pensée unique. Mais quand même. Je déteste ce que ces gens ont fait de moi. Je déteste ce que les médias ont relayé. Je déteste que ces manifestants, et une habile manipulation médiatique qui les a mis en lumière absolument partout, aient fait de moi cette personne qui se méfie de l’Autre.

 

Le mariage pour tous : tous contre le mariage

Le mariage homosexuel, nommé « mariage pour tous » pour enlever toute la stigmatisation du propos et souligner son caractère égalitaire, fait couler beaucoup (trop) d’encre depuis qu’il devient de plus en plus concret. Le gouvernement de François Hollande a jeté un énorme pavé dans la mare .

Je ne regarde pas les informations télévisées, je suis l’actualité d’une toute autre façon : via les réseaux sociaux. Je suis abonnée à deux pages Facebook en ce qui concerne l’actualité : celle du Monde, et celle de Rue89, et mon autre source provient de mon fil Twitter. Autant dire que ces deux canaux restreignent énormément les nouvelles que je peux lire, mais elles me suffisent. Je préfère peu d’infos, mais de l’info choisie. Je me fiche de savoir qu’une mamie du Périgord produit son lait elle-même (ping monsieur Pernaut) ou que Matt Pokora a sorti son dernier album.

Quand un sujet m’interpelle, donc, je vais le lire. Et ça a été le cas des tous les articles sortis au sujet du mariage pour tous. Je les ai lus, calmement, en assimilant l’information. Mes sources étant plutôt de gauche, je suis rarement énervée à la lecture de l’article lui-même.

J’aimerais en dire autant quand vient le moment où je décide de lire les commentaires. Ce moment, je le regrette toujours, car il fait naître en moi des sentiments contradictoires. Il serait bien difficile de tenter de les expliquer, et cela nécessite un peu de recontextualisation.

Je suis homosexuelle.

C’est une phrase que j’ai beaucoup de mal à dire. Non pas parce que j’ai honte de ce que je suis, ni parce que je le vis mal, mais parce que je déteste qu’on ne me voie que comme ça. Et pourtant, je suis complètement out, dans ma vie personnelle comme dans ma vie professionnelle. J’ai la chance d’exercer un métier dans un secteur où les gens sont plutôt ouverts d’esprit, ce qui est loin d’être le cas partout. Je ne me suis jamais cachée et je n’ai jamais eu à le faire : chacun de mes coming-out a été accueilli énormément d’amour et de compréhension. Ou d’indifférence. Qui est finalement la réaction que je préfère.

Je m’estime comme chanceuse.

Mon couple est mon roc. Je suis avec ma femme depuis bientôt 8 ans. Et comme dans tout couple, il y a eu des hauts, des bas, il y a des projets, des envies d’avancer. Nous n’avons pas vraiment envie de nous marier, puisque pour nous, c’est un peu comme si c’était déjà fait. Nous nous sommes pacsées, il y 6 ans, seules toutes les deux, assises devant un bureau, dans une pièce plutôt sombre, face à une dame en noir, les traits tirés, pas du tout souriante, au tribunal. On s’en fichait, on était heureuses, et puis de toute façon, on n’avait pas droit à mieux. Si un jour nous nous marions, c’est qu’il y aura un bébé dans la partie, pour que ma moitié puisse adopter mon enfant, sans quoi elle n’aurait aucun droit sur lui, n’étant pas biologiquement sa mère.

Alors quand même, toute cette actualité autour du mariage pour tous m’intéresse. Je lis, me documente, et passe énormément de temps à lire les commentaires des personnes qui font comme moi : qui lisent, se documentent, puis donnent leur avis. Il y a beaucoup de commentaires gentils, à base de « ça devrait déjà être fait », « je ne vois pas pourquoi on en discute encore ». Mais il y aussi beaucoup de haine. D’aussi longtemps que je me souvienne, je n’ai jamais eu si souvent le cœur serré. D’après ce que je lis, je suis une personne anormale, qui va mettre en danger l’équilibre de la famille, dont la reproduction ne serait que la satisfaction d’un désir d’adulte égocentrique, qui fait du mal, et qui met en danger les enfants qui l’approchent.

Et là, je remercie mon entourage d’être ce qu’ils sont : des personnes réfléchies, sans idées pré-conçues. Des personnes remplies d’amour, qui savent que le fait d’aimer une femme ne fait pas de moi quelqu’un d’inapte à élever un enfant. De mon entourage, trois couples m’ont choisie pour être la marraine de leur enfant. Si j’en crois la promesse que je leur ai faite, il s’agit d’élever leur enfant s’il venait à leur arriver quelque chose. Ils m’ont choisie pour être une personne spéciale dans la vie de leur enfant. Bref, ils m’ont choisie pour ce qu’ils savent que je suis, une femme normale et équilibrée, et non pour ce que la société pense que je suis. Et j’en passe, évidemment.

Quand je lis toute cette haine, dans les commentaires, j’ai envie de crier au monde que non, BORDEL, je ne suis pas ce monstre qu’ils décrivent. Que ce projet d’enfant est dans ma tête depuis des années, et qu’il ne se concrétisera que lorsque nous, ses parents, seront vraiment prêts à le réaliser, quand nous pourrons subvenir à ses besoins de façon certaine et pérenne. Bref, au meilleur moment pour l’accueillir de la meilleure façon possible. Je ne peux pas avoir d’enfant « par accident ». Cela fait au moins une raison qui prouve que mon enfant n’arrivera pas par hasard, et que son arrivée sera comblée d’amour, car son arrivée, cela fera des années qu’on l’aura préparée.

Qui es-tu, toi, autre, pour juger de ma capacité à aimer ?